TOUT WARNER BROS.

Milena Canonero, la costumière de Kubrick honorée à Berlin

Alors qu'elle bat son plein depuis la semaine dernière, la 67e édition de la Berlinale se prépare au tomber de rideau et au palmarès. Avant de connaître les lauréats 2017, certains artistes sont d’ores et déjà assurés d’être honorés par le festival allemand. C’est le cas de Milena Canonero , introduite au septième art par Stanley Kubrick et papesse des costumes hollywoodiens. Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez forcément ses créations. Parmi les chefs-d’œuvre auxquels a participé la costumière aux 4 Oscars®, on trouve Orange mécanique, Barry Lyndon et Shining. Focus.

Une carrière cousue de fil d’or

Aussi visionnaire qu’éclectique, Kubrick ne faisait jamais un film qui ressemble à autre. Un challenge pour ses équipes techniques et en particulier pour le département des costumes. Parvenue à osciller entre divers registres, Milena Canonero s’est autant adaptée au huis-clos psychologique qu’au film d’époque et au thriller en haute montagne. Si elle a été à bonne école chez le maestro, c’est d’abord à Gênes qu’elle s’est formée, avant de poursuivre ses études en Angleterre. Quand elle fait la connaissance de Kubrick, l’Italienne expatriée conçoit des costumes pour le théâtre , tandis qu’il finalise 2001 : L’Odyssée de l’espace (1968). Trois ans plus tard, le cinéaste lui donne sa chance avec un film en forme de baptême du feu, Orange mécanique .

Depuis, les 4 statuettes dorées qui trônent à son tableau de chasse prouvent que Milena Canonero a eu raison d’embrasser cette voie. Aujourd’hui, c’est un nouveau trophée qui s’ajoute à la longue liste : le prix honorifique du Festival de Berlin récompensant l’ensemble d’une carrière, l’Ours d’Or d’honneur . Un aboutissement pour celle qui a œuvré dans les coulisses des films d’Alan Parker, Sydney Pollack, Polanski ou encore des Coppola père et fille, jusqu’à The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson, dernier Oscar® en date. « Avec ses costumes, Milena Canonero a contribué de manière significative au style de nombreux chefs-d’œuvre cinématographiques », souligne le communiqué de presse de la Berlinale.

OrangeMecanique1

Orange mécanique

Dérangeante mais fascinante, Orange mécanique (1971) est l’œuvre cathartique dans laquelle Kubrick fait s’entremêler violence, sexe, folie et sadisme , en poussant ces thèmes à leur paroxysme. Un angle symbolisé par le contraste des costumes. D’un blanc immaculé et accessoirisée de chapeaux melon et brettelles de dandy anglais, la tenue des droogs se veut innocente. Pourtant, le sourire malsain affiché trahit les intentions des protagonistes. Ode libertaire ou dénonciation des travers de l’âme humaine ? La question faisait déjà débat dans les pages du roman original d’Anthony Burgess . Sur grand écran, l’expédition punitive de l’ex-droog Alex DeLarge a marqué les esprits, valant à Malcolm McDowell d’être cité aux Golden Globes® et de demeurer indissociable de ce rôle. Hué lors de la cérémonie des Oscars® l’année suivante, Orange mécanique divisera les votants de l’Académie, mais repartira avec 4 trophées et une réputation encore plus controversée qu’à sa sortie.

BarryLyndon2

Barry Lyndon

Réalisé en 1976, Barry Lyndon se déroule deux siècles plus tôt, en Irlande. Film ambitieux – ligne directrice de la filmographie kubrickienne – il porte l’ombre de Napoléon , à qui le réalisateur n’aura pu consacrer un biopic avant sa mort, faute de budget. Film de la consolation pour d’aucuns, Barry Lyndon lui a tout de même permis de signer un long métrage historique proche de ce projet avorté. On y suit l’ascension sociale crapuleuse de Redmond Barry ( Ryan O’Neal ) et son mariage d’intérêt avec Lady Lyndon ( Marisa Berenson ). Éclairés par la lumière naturelle de bougies qui ont nécessité de munir la caméra d’un objectif de la NASA, les costumes du XVIIIe siècle que Milena Canonero imagine font le charme authentique de ce film. Comme de coutume, Kubrick prend quelques libertés vis-à-vis du roman picaresque de William Makepeace Thackeray qu’il adapte. Le thème de Schubert a contribué à la légende, ce qui valait bien de faire une petite entorse à la chronologie puisque le Trio n°2 , composé en 1814, est postérieur de quelques décennies à l’histoire du film.

« En apparence Barry Lyndon est fidèle à cette grande norme hollywoodienne (…) Or c'est un film qui se dérobe de toutes les manières possibles » (Les Cahiers du Cinéma)

Shining4

Shining

Modèle de thriller glaçant, Shining (1980) est si chargé en séquences culte qu’il continue d’être décortiqué par une communauté de fans désireuse d’en percer les mystères ; au point de le projeter à l’envers et en split screen pour révéler certains détails. Loin des costumes blancs façon body de bébé d’Orange mécanique et des uniformes et corsets de Barry Lyndon , les vêtements de la famille Torrance sont d’une volontaire banalité. Impossible toutefois d’oublier les robes bleu ciel des petites jumelles que Danny voit apparaitre au détour d’un couloir pendant son exploration en tricycle. Déclinée du livre de Stephen King , la lente descente aux enfers des Torrance ne donne pas envie de passer des vacances dans un chalet isolé… Surtout quand on sait que la réalité a dépassé la fiction et que Shelley Duvall (Wendy) elle-même a fini le tournage en hôpital psychiatrique, poussée à bout par Kubrick.

Pour rappel, l’Ours d’Or d’honneur est remis à Milena Canonero ce 16 février. La 67e Berlinale se clôturera le 18 février avec le palmarès.

Retrouvez les meilleurs films de Stanley Kubrick en coffret Steelbook Blu-ray™ en cliquant ici et en édition digitale en cliquant là .

Attention