TOUT WARNER BROS.

La Prohibition, ce décor de cinéma

En 1919, le gouvernement américain décide d’interdire l’alcool. Inscrite dans la Constitution jusqu’à son abandon en 1933, la Prohibition aura paradoxalement fait couler des flots de boissons de contrebande. Une manne pour la pègre , comme pour les nantis qui en arrosaient les folles soirées de la décennie éponyme. Surnommée Roaring Twenties outre-Atlantique, cette période des années 1920 est chargée de la rugissante insouciance qu’on trouve dans le Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann. À compter des années 1930, le septième art s’empare du phénomène pour livrer une version désabusée post-Grande Dépression : le film de gangsters . Un registre dans lequel s’inscrit Live By Night , de et avec Ben Affleck. Avant de le découvrir au cinéma le 18 janvier , plantons le décor avec trois classiques !

L’Ennemi public

Réalisé par William A. Wellman ( Une Étoile est née ) en 1931 , L’Ennemi public est une œuvre iconique du film de gangsters. À la différence du film policier, dont il constitue l’une des ramifications, ce registre invite le spectateur du côté des criminels , en brouillant les pistes de la moralité. Un art délicat qui connaît alors ses dernières heures de grâce, l’ombre du code Hays planant déjà sur Hollywood. Mis en application en 1934, ce code de censure contraint les scénaristes à faire de leurs truands des êtres qui ne doivent ni susciter la sympathie, ni désir d’imitation. Profitant de la parenthèse libertaire enchantée de l’ère pré-Code , Wellman joue sur la frontière ténue de l’éthique et du condamnable.

LEnnemiPublic1

Son « ennemi public », Tom Powers (James Cagney) , est un homme qui choisit d’échapper à la misère par le crime. Prêt à tous les sacrifices pour se bâtir un empire, il fait face à un conflit d’intérêt puisque son frère Matt ( Edward Woods ), agent de police, est également prêt à tout pour lui faire regagner le droit chemin. Si l’ascension de Tom et sa chute ne sont pas sans rappeler le Tony Camonte de Scarface (1932) c’est aussi que les deux films s’inspirent du même mafieux, Al Capone , toujours en activité au moment du tournage. Pour ne pas le glorifier malgré son statut de protagoniste, les traits excessifs de sa personnalité ne sont pas éludés. On peut le voir dans la scène culte où Tom écrase un pamplemousse sur le visage de Kitty (Mae Clarke) .

Al Capone

D’Al Capone il en est aussi question dans le biopic que Richard Wilson dédie au célèbre parrain mafieux en 1959 . Rod Steiger revêt le fameux borsalino dans le Chicago des années 1920, fief de la mafia italo-américaine de l’époque. Celui qu’on surnomme Scarface en raison de sa cicatrice au visage y règne en maître, grâce à sa puissante mainmise sur le trafic des bootleggers. Un personnage légendaire, avec ses forces et ses faiblesses. Parti de rien, intronisé, puis finalement destitué de sa couronne pour être arrêté par le fisc, Capone est l’archétype du mafieux déchu .

AlCapone1

Spécialiste du film de gangsters et des portraits de mafieux sans scrupule, Richard Wilson s’est d’abord fait un nom à Hollywood en dirigeant Errol Flynn dans Trafic à la Havane (1957). Sa version d’Al Capone est l’une des nombreuses consacrées à ce fascinant truand , qui inspirera le cinéma comme la télévision, à l’image de l’incarnation de Stephen Graham dans Boardwalk Empire . En s’appuyant sur la véritable épopée criminelle de Capone, scénarisée par Malvin Wald et Henry F. Greenberg , Wilson retrace une page majeure de l’histoire du siècle dernier. Sur Turner Classic Movies Online , on peut lire qu’il s’agit du « portrait le plus complet du fameux racketteur et boss de la mafia qui gouvernait Chicago pendant des années ».

La Chute d’un caïd

Film de gangsters par excellence, La Chute d'un caïd ( 1960 ) est l’une des dernières pépites de Budd Boetticher ( Le Déserteur de Fort Alamo ), un cinéaste que le grand public connaît avant tout pour ses westerns. Au début des années 1960, il fait une infidélité à son genre de prédilection pour tourner un film résolument noir . La Chute d'un caïd est lui aussi empreint des mêmes codes que Scarface et permet à Boetticher de s’imposer comme un digne héritier d’Howard Hawks. On y suit l’ascension et la déchéance d’un gangster qu’on adore détester. Un rôle-titre ambivalent que Ray Danton campe avec brio.

LaChuteDUnCaid1

Jack Diamond – petit malfrat qui se fait surnommer 'Legs' – monte à New York pour transformer son patronyme en véritables diamants. Accompagné de son frère malade, il a la ferme intention de s’enrichir, en volant les bijoux de New-yorkaises aisées qu’il déleste de leurs richesses la nuit venue. Rejoignant le cercle peu fréquentable d’Arnold Rothstein (Robert Lowery), un bandit confirmé, il va découvrir la vie de caïd. Un nouveau statut qui s’annonce toutefois lourd de conséquences…

Pour rappel, Live By Night sort en salles le 18 janvier !

Vous aimerez aussi

Attention