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Écrivains à Hollywood : Horace McCoy, l’écorché

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Écrivains à Hollywood : Horace McCoy, l’écorché

Si la Grande Dépression fut l’un des tournants majeurs de l’histoire des États-Unis, cette période d’incertitude a aussi été propice à l’émergence d’une littérature brute et intense, emprunte de la noirceur du contexte de crise dans lequel le pays était alors plongé. À l’instar de Steinbeck, Hemingway, Faulkner ou F. Scott Fitzgerald, Horace McCoy a pris la plume pour mettre des mots sur les maux de sa génération, devenant un romancier phare des années 1930. Un penchant pour la noirceur qui accompagnera l’ensemble de son œuvre et que McCoy doit autant au contexte dépressif de l’époque qu’à l’enfance difficile qui a forgé son tempérament désabusé.

Auteur de nombreux ouvrages de référence et de scénarios prégnants, l’écrivain a collaboré avec Tay Garnett pour Le Roi de la piste (The Fireball) en 1950. Un film singulier, qui met en scène l’ascension puis la chute d’un champion de patins à roulettes, campé par Mickey Rooney, et qui vaut à Marilyn Monroe de faire l’une de ses premières apparitions à l’écran. À l’occasion de l’édition de ce film au sein de la collection Écrivains à Hollywood des Trésors Warner, coup de projecteur sur Horace McCoy, le scénariste du Roi de la piste.

Originaire du Tennessee, Horace McCoy grandit dans la petite ville de Pegram, où les perspectives d’avenir sont minces et les occupations toutes aussi restreintes. Si d’aucuns pourraient penser que le blues d’Horace coule dans ses veines car le Tennessee est le berceau de la country et que la bluegrass a pu graver cette mélancolie en lui, la réalité est moins poétique. Élevé au sein d’une famille pauvre, il est confronté à la dureté de la vie dès le plus jeune âge et comprend très vite qu’il ne pourra compter que sur lui-même.

Dès l’âge de 12 ans, il délaisse l’école pour travailler comme vendeur de journaux. Un job précaire, qui lui permet toutefois de passer de longues heures au contact de la population, observant les comportements des uns et s’interrogeant sur ce que peuvent penser les autres. Une étape décisive dans sa future carrière de romancier, puisqu’Horace McCoy s’inspirera fortement de ses observations de jeunesse pour donner un cachet authentique à ses histoires. Quelques années plus tard, devenu adolescent et vivant désormais à Nashville, il va de petits boulots en petits boulots – mécanicien, vendeur ambulant et même chauffeur de taxi – tout en rêvant à un avenir meilleur.

Adulte avant l’âge en raison de la dureté de son quotidien, Horace McCoy le devient intégralement en rejoignant les rangs de l’armée, en 1917. Sa vingtième bougie à peine soufflée, le jeune homme est propulsé aux manettes d’un bombardier et s’illustre en décrochant la Croix de Guerre pour une mission de vol effectuée au-dessus de la France. Pour autant, en dépit l’honneur militaire qui lui est rendu, la guerre le marque profondément. À l’issue de la Première Guerre mondiale, Horace s’installe à Dallas (Texas) et parvient à se faire engager comme reporter sportif par un journal local.

Une belle montée en grade dans la vie civile, comme il s’agit non seulement d’un premier emploi durable et, surtout, du premier contact de McCoy avec l’écriture. Pendant une dizaine d’années, il profite de ses articles pour façonner son style, bien que le journalisme sportif n’appelle pas les mêmes enjeux rédactionnels que l’écriture fictionnelle. C’est à la fin des années 1920 qu’il touche enfin du doigt la littérature, en publiant plusieurs nouvelles dans les magazines peu coûteux de l’époque. Une tendance dominante outre-Atlantique durant la première moitié du XXe siècle, quand ces fameux 'pulps' étaient légion.

Mais la crise économique de 1929 va tout remettre en question, en plongeant Horace McCoy dans le chômage, comme des millions d’autres Américains. Ayant déjà connu les affres de la pauvreté par le passé, il vit mal cette situation qui le contraint à enchaîner, à nouveaux, les métiers sans saveur en étant tour à tour ouvrier saisonnier, serveur et garde du corps, ce qui lui donne la sensation d’être revenu à la case départ. Résolu à reprendre son destin en main, Horace rejoint l’exode en partance vers l’Ouest et pose ses valises à Los Angeles en 1931. Hollywood lui porte chance et c’est grâce au cinéma qu’il parvient à se remettre sur les rails de l’écriture, devenant un scénariste dont la verve impressionne.

Ses premiers scripts l’aident à se faire un nom dans le milieu, mais la consécration viendra du roman qu’il publie en 1935, On achève bien les chevaux, qui retient l’attention de la critique de même qu’Un linceul n’a pas de poche, paru l’année suivante. Dans la veine de ses contemporains, McCoy cultive une plume corrosive qui fascine son lectorat autant que les spectateurs des films qu’il scénarise, mais qui le coupe dans le même temps de l’Amérique puritaine dépeinte sans complaisance dans ses publications. Boudé par un public populaire qui ne le suit pas dans sa défiance du rêve américain, Horace McCoy disparaît dans l’indifférence générale mais rayonne aujourd’hui à travers son œuvre littéraire et cinématographique.

(Re)découvrez sans plus attendre Le Roi de la piste en DVD, dans la collection Écrivains à Hollywood des Trésors Warner, en cliquant ici.

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